Marco Rubio, lors d'une conférence de presse à New Delhi, le 24 mai 2026. ( POOL / Julia Demaree Nikhinson )
Donald Trump a tempéré dimanche les espoirs d'un accord imminent avec l'Iran pour mettre durablement fin à la guerre au Moyen-Orient, malgré des signes de progrès des deux côtés.
"J'ai demandé à mes représentants de ne pas se précipiter pour conclure un accord, car le temps joue en notre faveur", a écrit le président américain sur sa plateforme Truth Social, en prévenant aussi que le blocus imposé par son pays aux ports iraniens resterait en vigueur "jusqu'à ce qu'un accord soit conclu, certifié et signé".
Un haut responsable américain, cité par Axios, a pour sa part indiqué que la Maison Blanche ne s'attendait pas à ce que l'accord soit scellé dimanche. La présidence "pense que l'approbation de l'accord par le pouvoir iranien pourrait prendre plusieurs jours", selon le média en ligne.
Déclenché le 28 février par une attaque américano-israélienne sur l'Iran, le conflit s'est étendu à une grande partie du Moyen-Orient et a fait des milliers de morts, surtout en Iran et au Liban où le mouvement pro-iranien Hezbollah a rejoint les hostilités début mars en visant le territoire israélien.
Un cessez-le-feu est en vigueur depuis le 8 avril entre l'Iran et les Etats-Unis, mais l'économie mondiale continue d'être secouée par le quasi blocage du stratégique détroit d'Ormuz à l'initiative de l'Iran depuis près de trois mois. M. Trump a précédemment évoqué un compromis "largement négocié" prévoyant la réouverture d'Ormuz.
Selon les médias américains, cet accord permettrait aux navires de franchir à nouveau Ormuz, passage par lequel transitait un cinquième des hydrocarbures consommés dans le monde avant le conflit.
Des sources iraniennes au fait des négociations, citées par l'agence de presse Fars, affirment que l'accord prévoit bien un déblocage du détroit mais que ce dernier resterait contrôlé par l'Iran.
- Quid du nucléaire ? -
Selon CBS News, qui cite des sources proches des discussions, la dernière proposition comprendrait également le dégel de certains actifs iraniens dans des banques à l'étranger et la poursuite des négociations pour 30 jours supplémentaires.
Selon une "source informée" citée par l'agence de presse Tasnim, l'Iran a souligné qu'il n'y aurait aucun accord à moins qu'une partie de ses avoirs gelés ne soit libérée dès la première étape et qu'un mécanisme clair ne soit établi pour garantir la libération des autres fonds bloqués.
"Malgré des discussions entamées aujourd'hui (dimanche), les Etats-Unis continuent de bloquer certaines clauses de l'accord, notamment la question du déblocage des avoirs iraniens gelés, et ces points restent à ce moment irrésolus", a précisé Tasnim en fin de journée.
Fars rapporte quant à elle que les sanctions visant le pétrole, le gaz et autres produits pétrochimiques seraient également levées le temps de la poursuite des négociations afin de permettre à l'Iran d'exporter ces productions, primordiales pour son économie.
L'accord discuté ne semble pas régler en revanche la question nucléaire.
Le porte-parole du ministère iranien des Affaires étrangères, Esmaïl Baghaï, a laissé entendre samedi que ce sujet ne faisait pas partie "à ce stade" de l'accord en discussions et qu'il serait abordé lors de "discussions séparées".
Mais le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu a dit dimanche être convenu avec M. Trump que tout accord final avec l'Iran devait "éliminer entièrement la menace nucléaire", selon un communiqué après un entretien téléphonique samedi soir entre les deux alliés.
Photo fournie par l’Agence de presse de l’Assemblée consultative islamique (ICANA) montrant le président du Parlement iranien Mohammad Bagher Ghalibaf (à droite) et le chef de l’armée pakistanaise Asim Munir à Téhéran le 23 mai 2026 ( ICANA NEWS AGENCY / - )
Le Premier ministre pakistanais Shehbaz Sharif, médiateur dans ces négociations, a alimenté dimanche le scénario d'une résolution du conflit en plusieurs temps, en déclarant espérer "accueillir très prochainement la prochaine séance de négociations".
Une première séance de pourparlers, infructueuse, s'était tenue à Islamabad le 11 avril.
- "Droit de se défendre" -
Carte montrant la zone où l'Iran veut imposer une autorisation de transit aux bateaux souhaitant traverser le détroit, jusqu'à Fujaïrah, aux Emirats arabes unis côté est, selon un document publié mercredi par la nouvelle Autorité du détroit du Golfe Persique (PGSA) ( AFP / Valentina BRESCHI )
Des médias américains ont relevé des stratégies divergentes entre MM. Trump et Netanyahu, le premier poussant pour une solution diplomatique tandis que le second souhaiterait reprendre les combats.
L'armée iranienne a conservé un ton belliqueux dimanche. "Nous sommes en état de guerre et toutes nos forces armées sont pleinement préparées (...) à affronter tout ennemi", a déclaré le chef du commandement des forces armées, Ali Abdollahi, lors d'une rare apparition en public dans la principale mosquée de Téhéran, selon Tasnim.
De la fumée s'élève du site d'une frappe israélienne qui a visé le village de Mansoura, dans le sud du Liban, le 23 mai 2026 ( AFP / KAWNAT HAJU )
Sur le front libanais, l'armée israélienne a appelé dimanche à l'évacuation d'une dizaine de villages dans le sud et l'est du Liban, avant de nouvelles frappes prévues contre le Hezbollah, malgré la trêve en cours depuis le 17 avril.
Onze personnes, dont six femmes et un enfant, avaient été tuées samedi dans une frappe israélienne dans le sud du pays, selon le ministère de la Santé.
M. Netanyahu a affirmé dimanche que Donald Trump avait, lors de son appel téléphonique, réitéré "le droit" d'Israël à se défendre sur tous les fronts, notamment au Liban, tandis que le chef du Hezbollah, Naïm Qassem, a dit espérer que l'accord entre Washington et Téhéran inclurait son pays.
Mais le dirigeant du mouvement chiite a aussi une nouvelle fois rejeté les négociations directes du gouvernement libanais avec Israël, dont une quatrième session est prévue début juin à Washington, et répété qu'un désarmement de son organisation, exigé par les autorités libanaises, concrétiserait un "projet israélien".

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